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[Critique] Les Enfants du Temps (Makoto Shinkai)

Par Jojo Tout Cour avec l'aide de CrimiK et Whiplash! | Correction par Nahko et Alchemilo | Mise en page par Jojo Tout Cour (Jonathan Guetta)

©2019 TOHO CO., LTD. / CoMix Wave Films Inc. / STORY inc. / KADOKAWACORPORATION / East Japan Marketing & Communications, Inc. /voque ting co., ltd. / Lawson Entertainment, Inc.
©2019 TOHO CO., LTD. / CoMix Wave Films Inc. / STORY inc. / KADOKAWACORPORATION / East Japan Marketing & Communications, Inc. /voque ting co., ltd. / Lawson Entertainment, Inc.

Jeune lycéen, Hodaka fuit son île pour rejoindre Tokyo. Sans argent ni emploi, il tente de survivre dans la jungle urbaine et trouve un poste dans une revue dédiée au paranormal. Un phénomène météorologique extrême touche alors le Japon, exposé à de constantes pluies. Hodaka est dépêché pour enquêter sur l'existence de prêtresses du temps. Peu convaincu par cette légende, il change soudainement d'avis lorsqu'il croise la jeune Hina…


Après nous avoir ébloui en 2016 avec son précédent long-métrage, YOUR NAME., le grand Makoto SHINKAI nous signe ici, un retour des plus éblouissant avec son nouveau long-métrage à succès : LES ENFANTS DU TEMPS (ou WEATH­ER­ING WITH YOU de son titre international). Impatiemment attendu chez nous après son succès au Japon (donc depuis... juillet quand même !), petit retour sur cette nouvelle production par le "papa de Your Name", que j'ai eu la chance de découvrir.


⚠️ Nous informons nos humbles lecteurs que cette critique peut contenir de très légers spoils ⚠️


QUAND le fantastique SE JOINT À L'ORDINAIRE 🤩

Une fois n’est pas coutume. Makoto SHINKAI aime inviter le fantastique dans un monde des plus ordinaires (et ce n’est pas YOUR NAME. ou VOYAGE VERS AGARTHA qui viendront nous confirmer le contraire).

 

Pour nous initier à l’histoire, nous suivons deux personnages : Hina, une jeune adolescente, qui doit faire face au décès de sa mère un jour de pluie. Et à l’arrivée, un an plus tard, du jeune collégien Hodaka, qui fugue de son île pour rejoindre Tokyo. Ville immense, intimidante, agressive et constamment pluvieuse, le jeune homme va devoir vivre par ses propres moyens et trouver un moyen de se nourrir, il finit par trouver un poste dans une revue dédiée au paranormal et autres légendes urbaines, dirigée par Keisuke, que Hodaka aura rencontré sur le bateau l’emmenant à Tokyo. Ici nous avons nos bases : deux êtres inconnus l’un à l’autre, mais qui vont se rencontrer et se lier d’amitié grâce à l’extraordinaire.

 

En effet, notre jeune Hodaka va devoir enquêter sur l’existence des Filles-Soleils, des entités capables de faire apparaître le beau temps. C’est alors qu’il va faire la rencontre de Hina, un jour de pluie (évidemment). C’est alors qu’Hodaka va découvrir le mystérieux pouvoir d’Hina. On n’en dira pas plus, mais le côté fantastique et extraordinaire du film est introduit par le biais de mythes et croyances shinto bien maîtrisés, qui renforce l’immersion et l’aspect culturel du film. Cela montre le fort lien qui existe entre la population japonaise et ses croyances, et c’est ainsi que Makoto SHINKAI nous offre de l’extraordinaire dans de l’ordinaire.

MAKOTO SHINKAI S’AMUSE ET OSE 👍

Il est clair que Makoto SHINKAI s’est plus qu’amusé et fait plaisir dans ce film ! En effet, il n’hésite pas à développer et traiter des sujets assez osés (presque underground), on évolue vers un nouveau niveau dans la technique visuelle et sonore de la filmographie de Makoto SHINKAI, et évidemment on a ici une meilleure construction des personnages secondaires (à l’inverse de YOUR NAME. où on regrettera le manque de construction de certains personnages secondaires pourtant utile à l’intrigue). Mais comme pour YOUR NAME., Makoto SHINKAI nous fait vibrer entre plusieurs sensations et émotions, l’action, le drame, le suspense, la colère, la folie, l’émerveillement, la surprise (je vous laisse découvrir le dernier point en découvrant le film) et j’en passe. C’est un véritable déluge d’émotions.

 

Côté sombre de l'adolescence, affaire policière, des armes à feu, un peu d’ambiguïté, de la recherche d’indépendance, il nous arrive même de plonger dans un côté presque underground… Makoto SHINKAI n’hésite pas à nous montrer un Japon parfois froid, parfois trop stricte, mais réel. Telle une coquille piégée se refermant sur nos héros : en effet, dans le film, nous avons une impression que presque tout le pays est contre les personnages au fil de l’intrigue, ce qui accentue cet effet d'isolement social que vont entamer nos héros au cours de leur vie avant et pendant l’intrigue du film.

VISUELLEMENT À COUPER LE SOUFFLE 🍃

Comme son prédécesseur, c’est une nouvelle prouesse visuelle qui nous est offert. Que ce soit dans les scènes calmes et contemplatives ou durant les scènes dynamiques, LES ENFANTS DU TEMPS est une véritable pépite visuelle. Les couleurs sont chaudes et accueillantes dans les moments de joie, ainsi que froides et sombres dans les moments tristes, et des effets de lumières parfaitement maîtrisés, le tout sans tomber dans le superflus. Mention toute particulière à ce cut avec les feux d’artifices (plan d’ensemble de Tokyo et son ciel inondée de feux d'artifices, où l’on rentre littéralement au travers de ces derniers par le biais d’un long travelling nous menant jusqu’à nos deux personnages.) ou encore ce travelling circulaire intérieur à 360° autour des personnages de Hina et Hodaka, lorsque qu’Hina fait découvrir à ce dernier le sanctuaire du temps. On se doute bien évidemment de l'utilisation de 3DCG pour ces deux plans, mais son utilisation est tellement parfaite que nous avons l'impression que ces plans sont constamment en 2D durant leurs mouvements.

DES PERSONNAGES ET UNE AMBIANCE MAÎTRISÉS 💪

Pour ce qui est des personnages, ils sont attachants grâce à leurs personnalités bien écrites et intéressantes : notamment la relation entre Hodaka et Keisuke, l’employeur de ce dernier qui devient peu à peu une figure paternel pour lui, malgré ses multiples défauts. Nous pourrions même dire qu’il est le personnage le plus "réaliste" du film dans le sens où on a aucun mal à trouver quelqu'un comme Keisuke dans notre vie. C’est un personnage qui va peu à peu reprendre sa vie en main au cours de l’histoire, entre regrets, remise en question de soi… On pourrait presque faire une intrigue entièrement consacrée à Keisuke. Bien sûr, c’est sans compter la jeune Hina, débrouillarde, pleine de vie et sans prise de tête, vivant seule avec son jeune frère Nagi (le jeune tombeur…) ou encore Hodaka, personnage au caractère fort et très réaliste. Le seul défaut qu’on pourrait faire à Hodaka, Hina et Nagi, c’est clairement leur backstory. Pourtant des personnages bien construits sur le fait au niveau de leurs caractères respectifs, on ne sait quasiment rien sur leurs passés. Notamment Hodaka, qui, à part “fuir son île natale et sa famille” on ne sait rien du pourquoi de cette fugue… ce qui aurait été très intéressant à développer… ou encore Hina et Nagi, on sait que leur mère est décédée… mais qu’en est t-il de leur père ? comment leur situation familiale s’en est-t-elle retrouvé à devoir vivre tout les deux tout seul 1 an plus tard ? Bien-sûr on est sur des détails, mais qui ont à mon sens leur importance pour pleinement comprendre la psychologie de ces trois personnages, leurs intentions et leurs actions au cours de l’histoire.

 

Mais l’un des plus gros point fort du film, c’est bien son ambiance générale. Que ce soit par des visuels léchés ou par un sound design immersif, nous sommes tout de suite plongé dans les rues animées de Tokyo. Pour les personnes ayant déjà été au Japon, on peut le dire en toute franchise qu’on retrouve pleinement l’ambiance qu’on ressent à Tokyo et plus généralement au Japon. Toujours au niveau de l’ambiance (qui pourrait ici en déstabiliser certains), c’est bien-sûr les placements de produits (beaucoup plus nombreux que dans YOUR NAME. cette fois). Pour un long-métrage d’animation je trouve que, au-delà d’être assez amusant, que ça permet un côté beaucoup plus réaliste à l’oeuvre, et accentue son côté crédible à mes yeux (et en plus, c’est du financement supplémentaire pour le film). Pour vous citer quelques marques bien présentes : Yahoo! Japan, McDonald’s, Pepsi, SoftBank, Instagram et les produits Apple (Macbook Pro, iPhone 11) pour ne citer que les plus connues. Côté de la bande-son, on est encore sur une bande originale signée RADWIMPS toujours aussi forte (Moins marquante, malgré tout comparer à YOUR NAME. de mon point de vue). À moins d’avoir une sortie home cinéma chez soi, pour sa sortie blu-ray, LES ENFANTS DU TEMPS est clairement un film à voir en salle en grande partie pour sa bande originale et son sound design aux petits oignons.

une NARRATION à la Your Name ? vraiment ? 🤔

Le film n’est pas simplement des plans à tomber au sol, et une direction sonore de bonne facture. LES ENFANTS DU TEMPS reste ici sur un schéma narratif assez classique, avant tout, mais qui fait le travail (comme quoi, rester sur les valeurs sûres, c’est une bonne chose, aussi.) comme dit plus haut, Makoto SHINKAI, nous montre à travers ce film qu’il est à l’aise pour faire ressentir plusieurs émotions à ses spectateurs, mais qu’il connaît ses sujets et les thématiques qu’ils abordent, le tout en restant réaliste et sans plonger dans le gratuit ou encore le superflus. Les Enfants du Temps a donc ici un scénario et des moments clés qui montent de plus en plus en ampleurs et en impact global dans l’univers de nos protagonistes, et ce, sans que ces derniers ne s’en rendent compte jusqu’à ce fameux jour où tout leur tombera dessus : justice, service sociaux, catastrophe météorologique, etc... mais toujours en restant terre-à-terre et juste avec son côté fantastique. Les Enfants du Temps a une trame scénaristique classique, épurée, mais radicale.

 

Cependant, le soucis du film est “qu’il reste la continuation de YOUR NAME". En effet, on remarque ici, beaucoup de similitudes entre le schéma narratif de son précédent film et celui de LES ENFANTS DU TEMPS. De même, pour les différents rôles des personnages clés de ses deux films. On a donc tendance à vouloir les comparer assez régulièrement au cours du visionnage du film. Certain d’entre vous, qui ont préféré YOUR NAME., qui est mieux maîtrisé scénaristiquement de mon point de vue, auront sûrement cette triste impression de revoir YOUR NAME, mais en moins bien (?). Mais Les Enfants du Temps reste comme un film à prendre en abstraction à YOUR NAME. Mais soyons sûr : LES ENFANTS DU TEMPS n’est pas à comparer à YOUR NAME, malgré les similitudes entre les deux films.


Véritable pépite, riche en émotions et très courageux thématiquement, Makoto SHINKAI nous offre ici un film riche visuellement, au sound design bluffant, saupoudré de personnages attachants, réalistes et sans surplus (mention spéciale, encore une fois à Keisuke), ainsi qu’une narration classique mais bien maîtrisée, terre-à-terre mais réaliste malgré le fantastique qui s'en dégage (dans le bon sens), mais qui souffre trop de la similitude avec son prédécesseur, Your Name. Malgré ce dernier point, LES ENFANTS DU TEMPS est un véritable déluge d’émotions à découvrir sans aucune hésitation, que vous soyez férus d’animation ou non. Makoto Shinkai nous régale.


note de la rédaction : 4/5


TITRE ORIGINAL TENKI NO KO (ou WEATHERING WITH YOU)

GENRE  Drame, fantasy, romance, surnaturel

TECHNIQUE  Animation

DURÉE 112 minutes (1h52)

NATIONALITÉ Japon

DATE DE SORTIE FR 8 janvier 2020

RÉALISATION & SCÉNARIO Makoto SHINKAI

AVEC Kotarō DAIGO, Nana MORI, Shun OGURI et Tsubasa HONDA

PRODUCTION CoMix Wave Films

DISTRIBUTEUR FR BAC Films (avec All The Anime)

©2019 TOHO CO., LTD. / CoMix Wave Films Inc. / STORY inc. / KADOKAWACORPORATION / East Japan Marketing & Communications, Inc. /voque ting co., ltd. / Lawson Entertainment, Inc.


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Commentaires: 1
  • #1

    Nekotalife (vendredi, 03 janvier 2020 14:52)

    Un article qui m'a donné envie de voir le film, je suis réellement curieuse de le découvrir par moi-même à présent et de voir ce qu'il donnera ! Plus qu'à patienter jusqu'à sa sortie !