· 

[Critique] Violet Evergarden : Éternité et la poupée de souvenirs automatiques (Haruka Fujita & Taichi Ishidate)

Par Jojo Tout Cour avec l'aide de Maaaash32 | Correction par Strangie et Em' | Mise en page par Jojo Tout Cour (Jonathan Guetta)

©Kana Akatsuki,Kyoto Animation/Violet Evergarden Production Committee
©Kana Akatsuki,Kyoto Animation/Violet Evergarden Production Committee

L’histoire se déroule dans un monde d’après-guerre où des jeunes femmes appelées "poupée de souvenirs automatiques" aident des personnes à mettre sur papier leurs sentiments. Nous suivons le quotidien de Violet Evergarden, ex-soldate sans émotion, Ainsi, elle explore différentes émotions issues des gens qu’elle rencontre. Mais son passé trouble la rattrape.


À tous les amateurs de la célèbre série du studio Kyoto Animation, disponible sur Netflix, VIOLET EVERGARDEN : ÉTERNITÉ ET LA POUPÉE DE SOUVENIRS AUTOMATIQUES est un long-métrage spin-off, se déroulant chronologiquement après la série et l’OAV. En effet, inutile ici d’avoir suivi l’excellente série pour bien comprendre le film. Ici, nous ne sommes pas dans dans l'intrigue principale qui nourrit la série, mais dans une toute autre histoire toute aussi émouvante, transcendante et terriblement profonde, que ce soit dans son intrigue, sa mise en scène ou encore sa narration. Ici, le film est adapté du lignt novel (roman) VIOLET EVERGARDEN GAIDEN de Akatsuki KANA, publié aux éditions Kyoto Animation (KA Esuma Bunko).

 

La réalisation est menée ici par Haruka FUJITA (VIOLET EVERGARDEN) et Taichi ISHIDATE (BEYOND THE BOUNDARY). Quant au scénario, nulle d’autre que la brillante Reiko YOSHIDA (SILENT VOICE, K-ON! LE FILM, LIZ & L’OISEAU BLEU). Côté direction artistique, nous avons la talentueuse, mais hélas regrettée, Mikiko WATANABE (SOUND! EUPHONIUM, SILENT VOICE) et côté musique, toujours l’américain Even Call avec l’excellente bande originale de la série. On retrouve également Minori CHIHARA, présente ici avec un nouveau titre à la fois doux et poignant pour accompagner l’ending du film.

 

Petit rappel du synopsis de la série : 

VIOLET EVERGARDEN nous emmène dans un monde d’après-guerre, au style européen (quasi franco-germanique). La guerre opposant Leidenschaftreich et l'Empire Gardarik a finalement pris fin après quatre longues années de conflits. Violet, une jeune fille de 14 ans, alors formée dans le seul but de décimer les lignes ennemies, est hospitalisée suite à de violentes amputations. Elle a perdu ses deux bras, remplacés par des bras mécaniques argentés. N’ayant plus rien à perdre, elle se rattache aux derniers mots de son Major (Gilbert BOUGAINVILLEA) “je t’aime” mais sans comprendre leur signification. Se remettant de ses blessures, Violet est adoptée par la famille Evergarden. Elle décide de commencer une nouvelle vie à la Compagnie des Postes CH, une entreprise postale, proposant les services de “Poupées de Souvenirs Automatiques” dont le rôle est de transmettre les sentiments des gens pour autrui par voie postale. Violet va donc, tout en rapprochant les gens à travers ses lettres, découvrir le sens des derniers mots de son Major, et ainsi comprendre qui elle est.

HOMMAGE À KYOTO ANIMATION 🌺

Avant de commencer cette critique, il est important de rappeler une chose très importante concernant ce long-métrage. En effet, vous n’êtes pas sans savoir le tragique attentat du studio Kyoto Animation du 18 juillet 2019 qui nous a profondément attristé chez Studio JM Production : 34 blessés. 37 décès. Une des particularités de ce long-métrage est le montage qui s’est achevé la veille de l’incendie (soit le 17 juillet 2019) et le film est sorti dans les salles japonaise en septembre, créant ainsi une vague de soutien incroyable au Japon lors de sa sortie, au point que même Makoto SHINKAI, à la sortie de son film LES ENFANTS DU TEMPS, a incité ses spectateurs à aller voir l’oeuvre de Kyoto Animation. À cette triste occasion, Kyoto Animation a décidé de rendre hommage à tous les membres de l’équipe du film (Kyoto Animation et Animation Do), en citant leur nom dans le générique de fin, là où habituellement chez Kyoto Animation, il faut avoir un an d’expérience dans le studio pour y être crédité. De mon point de vue, VIOLET EVERGARDEN : ÉTERNITÉ ET LA POUPÉE DE SOUVENIRS AUTOMATIQUES s’inscrit ici comme une oeuvre très spéciale et importante dans la chronologie de Kyoto Animation. Je précise ici qu’il me sera donc impossible de traiter ce long-métrage de manière neutre. De mon point de vue, au-delà de l’oeuvre VIOLET EVERGARDEN, ce film nous conte un studio. Un studio brillant, qui continu de vouloir nous émerveiller, nous faire rêver, même dans les situations les plus désespérées, toujours avec cette âme, cette pâte, et cette vision unique dont seul Kyoto Animation est capable.

UN RÉCIT À TRAVERS LE TEMPS 💌

À l’inverse des autres films du studio, ce long-métrage est ici divisé en deux parties par des ellipses de quelques années mais qui racontent une seule histoire. Malgré tout, il est clair que cette coupure pourrait en déstabiliser certains, nous faisant croire à un marathon de deux épisodes, mais vous pouvez passer au dessus de ça. Au-delà d'incruster une ellipse temporelle de plusieurs années, cette coupure est là pour marquer de manière poétique la douce conclusion du film. Un choix de narration et de montage qu’on appréciera donc pour son audace et sa sincérité. Bien que nous aurions préféré avoir une estimation du temps qui s’écoulent entre les deux parties.

 

Dans la première partie, Violet est envoyée dans une école pour filles où elle doit aider Isabella YORK, l’héritière de la grande famille noble des YORK, dans son apprentissage pour devenir une digne femme de la haute société. Au début, elle est distante avec Violet car c’est son père qui l’a engagée. Puis dans la seconde partie, on apprend qu'Isabella YORK est très attachée à Taylor BARLETT, une petite fille orpheline avec qui elle a vécue dans la misère avant d’être reconnue héritière des YORK par son père. Afin que cette orpheline puisse avoir une belle vie, elle accepte de suivre son père. Le déchirement de cette séparation est si intense que j’ai ressenti cette douleur à travers tout mon corps que ce soit par le froid de l’hiver, la peine d’être séparée de sa sœur et le cri de la petite Taylor.

 

Ici, de nombreuses années s’écoulent dans ce récit à la fois profond, triste et poignant, mais qui finit par nous mettre du baume au cœur par son incroyable bienveillance et sa justesse, dignes des plus délicates productions du studio. Mais une chose est certaine : nous suivons la rencontre, la séparation, mais avant tout l’évolution de deux personnages séparés, mais aux destins liés par l’amour, les mots, mais avant tout par les lettres. Tout comme la série, le récit du film de VIOLET EVERGARDENest une lettre d’amour dédiée aux mots et aux sentiments qu’ils renferment, et bien sûr à l’incroyable sensation de recevoir la lettre d’une personne que nous avons perdue de vue, et ainsi la sentir tout près de soi, malgré les kilomètres de distances.

 

Mais soyons clairs sur un point. Il n’est pas nécessaire d’avoir visionné la série d'origine pour comprendre le film. L'intrigue principale du film est indépendante et sans lien avec celle de la série. Bien que notre ami Maaash32, qui a assisté à la projection presse avec nous, mais n'ayant pas vu la série, s’est posé certaines questions sur la personnalité de Violet ou encore sur sa backstory. Si jamais vous vous posez ces questions existentielles, dites-vous que la série répond à ces questions dont nous n'avons pas besoin de nous poser pendant le film. Mais cela risque hélas de déstabiliser les non-familiers de la série.

LA QUALITÉ KYOTO ANIMATION 🍃

Comme d’habitude avec Kyoto Animation, ce long-métrage jouit d’une qualité visuelle et sonore absolument magistrale. Ai-je vraiment besoin de développer la qualité KyoAni ? Pas spécialement, mais ça ne m’empêchera pas de le faire ! L'important ici est la manière dont la directrice artistique, Mikiko WATANABE donne de la puissance et de la crédibilité à cet univers radicalement fictif, grâce à des décors soignés, apportant un soin particulièrement important aux détails, illuminés par des jeux de lumières à la hauteur des KyoAni les plus sophistiqués (SOUND! EUPHONIUM, K-ON! LE FILM), offrant également une douceur et un réalisme important aux décors, bien sûr aux personnages et à cet ambiance à la fois douce-amère.

 

Quid des personnages, parlons-en maintenant. Comme pour la série, Akiko TAKASE offre une nouvelle dimension aux personnages du roman de Akatsuki KANA. En effet, elle nous offre ici un chara-design à la fois très différent et familier de l’univers KyoAni, avec des personnages réalistes, appliqués et attachants, que cela soit pour Violet, Isabella, Taylor ou encore Benedict, qui sont les protagonistes de ce film spin-off. On apprécie encore leur personnalité, inculquée par Akatsuki KANA. Violet, avec sa beauté et sa bienfaisance aux allures froides, mais chaleureuse, Isabella, qui, malgré son fort caractère, nous dévoile au fur et à mesure son fond sentimental et mélancolique, et bien évidemment la jeune Taylor, terriblement attachante et de bonne volonté, qui ne fera que vous fendre le cœur et le remplir d’amour à la fois. 

 

Niveau musique et ambiance sonore, à l’exception de l’ending “Amy” de Minori CHIHARA, qui sera la phase finale de la tombée des larmes, rien de bien nouveau comparé à la série. Étant juste ici un film spin-off, cela nous permet cependant de jouir, dans la plus belle des conditions, de la bande originale composée par Even Call.


Bien que simple film spin-off ne nécessitant nullement d’avoir visionné la série (le vrai long-métrage inédit est prévu pour avril 2020 au Japon), VIOLET EVERGARDEN : ÉTERNITÉ ET LA POUPÉE DE SOUVENIRS AUTOMATIQUES est ici un délicieux avant-goût de ce qui nous attendra par la suite. Accompagné d’une ambiance soignée et d’une réalisation délicatement sensible, que ce soit la musique, les décors ou la beauté de l’histoire, tout est très poétique et écrit avec le cœur, ce long-métrage nous fait vivre une histoire touchante entre une jeune héritière et une jeune orpheline pleine de vie, respectivement Isabella et Taylor, à travers un récit s'élargissant sur plusieurs années, en seulement 90 minutes. Ce n’est peut-être pas aussi poignant que SILENT VOICE, ni aussi ambivalent que LIZ & L’OISEAU BLEU. Mais une chose est certaine, Kyoto Animation nous offre avec ce film, une pure lettre d’amour aux émotions humaines, qui ne laissera personne indifférent que vous ayez vu la série ou non. Ce film respire l’âme de Kyoto Animation, et respire le talent de personnes qui vont véritablement manquer, car au-delà de l’ambiance et de son récit, VIOLET EVERGARDEN : ÉTERNITÉ ET LA POUPÉE DE SOUVENIRS AUTOMATIQUES est la dernière oeuvre d’une trentaine de personnes passionnées et fières de leurs œuvres. Je me permets donc une correction en direct, je vois également ce film comme une lettre d’amour aux talents de Kyoto Animation. 

 

Je vais m'accorder de remercier le distributeur Eurozoom pour nous permettre de découvrir ce film dans les conditions dans lequel il est supposé être visionné. Il ne restera pas longtemps dans les salles : Projections exceptionnelles, alors foncez ! Que vous ayez vu la série ou non.


note de la rédaction 4,5/5


TITRE ORIGINAL VIOLET EVERGARDEN GAIDEN : EIEN TO JIDOU SHUKI NINGYOU

GENRE Drame, romance, science-fiction, tranche de vie

TECHNIQUE  Animation

DURÉE 90 minutes (1h30)

NATIONALITÉ Japon

DATE DE SORTIE FR 15 janvier 2020 (cinéma) / 15 juillet 2020 (SVOD)

RÉALISATION Haruka FUJITA & Taichi ISHIDATE

AVEC Minako KOTOBUKI, Aoi YUKI, Takehito KOYASU

PRODUCTION Kyoto Animation

DISTRIBUTEUR FR Eurozoom (Cinéma / DVD / Blu-ray) / Netflix (SVOD)

ⓒKana Akatsuki,Kyoto Animation/Violet Evergarden Production Committee


Écrire commentaire

Commentaires: 0