· 

[Critique] Idolish7 (Makoto Besshô)

Par Konata Nekoyama avec  Strangie | Correction par Neko et Jojo Tout Cour | Mise en page par Jojo Tout Cour

ⓒ BNOI/DOLiSH7 PROJECT
ⓒ BNOI/DOLiSH7 PROJECT

C’est sous la bannière de la société Takanashi Productions que sept chanteurs aspirent à devenir le meilleur groupe de musique d’idoles masculin. Ils ne se connaissent pas, mais ils ont chacun une personnalité et un talent indéniable. C’est ensemble qu’ils vont former le groupe IDOLiSH7 et travailler la danse et le chant pour offrir la meilleure prestation sur scène. Tout n’est pas toujours rose quand on est sous le feu des projecteurs, mais ils devront coûte que coûte parvenir à toucher le cœur des gens…


J’aimerais bien vous dire que je suis une adulte parfaitement équilibrée et dénuée de préjugés.

 

Mais ce serait un mensonge.

 

A vrai dire, peu d’adultes dans ce monde sont dénués de préjugés. Mais ce n’est pas le sujet.

 

Personnellement, je ne trouve pas ça très intéressant de se cantonner à un seul genre lorsqu’il s’agit de la fiction. Je pense qu’il faut garder l’esprit ouvert puisqu’on ne sait pas quand nous découvrirons notre prochaine perle. Pourtant, cela ne m’a pas empêché d’avoir des préjugés, sans nécessairement m’en rendre compte, sur certaines catégories, notamment les animes mettant en scène des idoles (que ces idoles soient féminines, masculines, non-binaires ou autres – je n’en suis pas non plus au point de rejeter en bloc un anime pour ce genre de raisons). Dans ce cas particulier, cela s’explique par ma relation compliquée avec les comédies musicales puisque je ne suis pas très fan du fait de se mettre à chanter pour tout et n’importe quoi. Par exemple, mon visionnage des Misérables en 2012 fût une torture.

 

Et puis un jour, arrive un anime qui non seulement vous libère de vos préjugés, mais aussi se fait rapidement une place dans votre petit cœur.

 

En ce qui concerne les idoles, pour ma part, ce fût Idolish7, adapté du jeu de rythme éponyme de Bandai Namco Arts, suite à la recommandation d’une amie que je remercie 15 fois par mois pour cela. 


⚠️ Nous informons nos humbles lecteurs que cette critique peut contenir de très légers spoils. Cette critique a été écrite suite au visionnage des deux premières saisons, des épisodes spéciaux et du premier épisode de la saison 3. Cette dernière est actuellement en cours de diffusion sur Crunchyroll. ⚠️


UNE ECRITURE SOIGNEE 🎶

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Idolish7 fait partie de ces fictions où, même avec beaucoup d’efforts, je ne parviens pas à trouver de véritables défauts scénaristiques.

 

Personnages avec des caractéristiques et arcs distincts ? Check.

 

Intrigues pertinentes ? Check.

 

Equilibre comédie/sérieux ? Check.

 

Intrigue plus intense à chaque saison ? Check.

 

Une des plus grandes qualités de cet anime est notamment celui des très bons animes de sport, à savoir : vous savez qu’un anime de sport est bon lorsque le sport en lui-même n’est pas le véritable cœur de la série.

 

Ici, les aventures de notre groupe ont – évidemment – un rapport avec leur carrière mais toujours en gardant une certaine pertinence au regard des personnages concernés. Et leur vie personnelle est tout aussi mise en avant. Je tiens aussi à souligner que le sens du détail dans l’écriture rend les re-visionnages très gratifiants puisque l’on remarque que certains éléments étaient déjà devant nous depuis un moment. (Exemples: la maladie d’un personnage, le passé d’idole blessée d’un autre…etc)

 

Par ailleurs, Idolish7 n’a pas peur de nous offrir une vision critique de l’industrie de la J-pop et de nous informer sur certains de ses rouages/sa partie sombre : le premier concert où il n’y a personne, la presse à scandales, la façon de gérer la maladie d’une idole, le plagiat, le contrôle de son image, la communication, le rapport aux fans…etc.  Ce qui a pour effet de pouvoir s’identifier à au moins l’un des personnages (personnellement, même si je n’ai pas du tout la même histoire que lui, je dois avouer grandement comprendre Tamaki d’Idolish7) et ce, même si on ne s’intéresse pas forcément à l’industrie de la musique pop.

 

Comme le disait un certain Jérémie (coucoooou J ), ce n’est pas un anime « d’idoles » mais un anime « sur le monde des idoles », et cela fait toute la différence. J’en viens donc à remettre en question les idées reçues que je pouvais avoir sur d’autres licences, donc je suis un peu plus ouverte à l’idée de, par exemple, me mettre à Love Live ou continuer Uta no Prince-Sama un jour.

 

Et pour couronner le tout, cet anime m’offre sur un plateau un aspect de la vie d’idole que j’apprécie de voir : le fandom. En effet, on a le plaisir de suivre l’évolution des fans de la première heure du groupe (j’applaudis la façon SAINE de les représenter) ainsi que l’évolution du fandom en général, avec son lot de controverses Twitter-esques régulières, qui peuvent souvent avoir des conséquences désastreuses sur le mental et/ou la carrière des chanteurs.

 

Je vous assure, je ne vois vraiment pas de défaut en terme d’écriture. Chapeau bas à la scénariste Ayumi SEKINE.


Des personnages attachants ❤

Tout d’abord, j’ai énormément d’affection pour la manager Tsumugi TAKANASHI, dont la persévérance face aux obstacles dans son début de carrière est admirable. Comme tout manager qui se respecte, elle pense toujours au bien-être du groupe dont elle a la charge, non sans – comme tout le monde – commettre quelques erreurs. Toute personne qui débute sa carrière peut s’identifier à elle. (Et puis elle est doublée par Satomi Satô)

 

Cette bienveillance pour son groupe est réciproque, et ce dès le début. Exemple : les garçons n’hésitent pas à faire certaines tâches à sa place lorsqu’elle passe une nuit blanche à préparer un plan de communication, pour la laisser se reposer. Tout comme ils n’hésitent pas s’entraider les uns les autres et à faire front, ensemble, face aux problèmes.

 

La dynamique de groupe est décrite de manière très positive dans Idolish7, et pas uniquement au sein du groupe éponyme. Les liens forts au sein des groupes Trigger et Re:vale  forcent également l’admiration et nous offrent de grands moments d’émotion.

 

Par ailleurs, s’il y a point qui aura toujours mes faveurs dans la fiction, ce sont les personnages qui n’ont pas peur de montrer leurs émotions et leur vulnérabilité à leurs camarades. J’apprécie particulièrement le fait que les personnages soient de très bons représentants du concept de masculinité positive. Par cela, je fais référence au fait d’encourager à utiliser sa force émotionnelle et physique dans le but de développer des comportements sains et des communautés solides (si vous voulez un exemple « mainstream », je citerais Tanjirô KAMADO de Demon Slayer). Pour résumer, il s’agit de l’antithèse de la masculinité toxique. Et les groupes que nous suivons dans Idolish7 en sont de parfaits exemples. Bravo.

 

L’anime n’hésite pas également à gentiment tourner en dérision certains aspects de la vie d’idole sur ce point. J’ai par exemple, une pensée émue pour Ryuunosuke de Trigger, contraint d’entretenir une image d’homme à femmes dans le cadre de la promotion de Trigger alors qu’il n’est qu’un garçon timide et introverti qui veut juste aider son papa pêcheur.

 

Enfin, l’anime est progressiste sur pas mal de points, que je vous laisse découvrir. Par exemple : Kaoru ANESAGI, la manager de Trigger est transgenre. Ce n’est pas que cela qui la définit, c’est juste un fait. Sa caractérisation met plutôt l’accent sur sa manière de gérer Trigger, qui offre un contraste avec les méthodes de Tsumugi, qui a beaucoup moins d’expérience dans le milieu. 

 

Dernier petit point : oui, les garçons sont beaux. Oui, leur character design vise un public plutôt féminin. Oui, certaines relations sont ambigües, et ce n’est pas un défaut. Est-ce pour autant une raison pour ne pas reconnaître les qualités de l’anime ? Bien sûr que non. Que je sache, personne ne doit justifier quoi que ce soit lorsqu’il s’agit de filles mignonnes aux relations ambigües, pourquoi devrait-on le faire dans le cas de beaux garçons aux relations ambigües ? Pourquoi même la profession en France respecte plus le premier cas que le second alors que, dans les faits, le principe est le même ? Je vous laisse réfléchir…J

 


Une direction artistique de qualité 🎬

Le studio Troyca, connu notamment pour ID:INVADED (sur Wakanim), ΛLDNOΛH.ZERO (sur Crunchyroll) et Lord El-Melloi II's Case Files {Rail Zeppelin} Grace note (sur Wakanim), réalise un travail très propre, avec très peu d’inconsistances visuelles. La réalisation de Makoto BESSHO est également très soignée, avec exactement ce qu’il faut en terme de rythme pour un impact émotionnel efficace. Je pense notamment à une scène impliquant Tamaki d’Idolish7 qui m’a particulièrement marquée dans la saison 1 et une autre avec Momo de Re:vale dans la saison 2 (intitulée Idolish7 Second Beat). En tout cas, pour ce qui est de la dose de montagnes russes émotionnelles, nous sommes tout aussi bien servis que dans un anime slice of life de haute qualité.

 

Le seul point qui me dérange un peu, et ce n’est qu’une question de goût personnel, est l’utilisation de CGI lors de certaines scènes de concerts. On s’y habitue et on peut facilement faire abstraction de ce détail, notamment si on apprécie la musique et qu’on s’intéresse à ce qui se passe en terme d’intrigue.

La bande sonore composée par Tatsuya KATÔ peut paraître très familière pour quiconque a l’habitude de regarder Free! (moi en fait) mais ce n’est pas un copier-coller et les pistes sont également toujours justes.

 

Enfin, en ce qui concerne les musiques/chorégraphies des groupes de la série : chacun ses goûts, mais personnellement j’en suis fan, sans véritable préférence entre les groupes qui – au passage – n’ont pas exactement le même style de chanson (cf. une intrigue particulière de la saison 1 que je ne spoilerais pas ici =D ). Mention spéciale à Re :vale dans la 2e saison et à la voix angélique de Kenshô ONO dans le rôle de Riku NANASE.

 

Encore une fois, on peut apprécier la série sans pour autant être fan de la musique. 


CONCLUSION

Idolish7 est un anime de qualité sur des jeunes gens qui tentent de se faire leur place dans une industrie exigeante. Tous les aspects de cette série sont soignés et j’ai hâte de voir ce que la suite nous proposera. Si j’ai l’occasion de mettre la main sur le jeu dont il est adapté et/ou les nombreux matériaux supplémentaires, je n’y manquerais pas. J

 

Ne partez pas tout de suite ! J'ai une dernière chose à dire. 


APARTE : UN REGRETTABLE MANQUE DE COMMUNICATION

Tout d’abord, je n’ai pas la prétention de dire que j’ai une sorte d’expertise dans le marché de l’animation, ni en stratégie commerciale. Mais je peux avec certitude – et avec tout le respect que je leur dois – dire que l’absence d’effort de communication de Crunchyroll France sur ce titre depuis le début est une opportunité manquée.

 

Le saviez-vous ? L’épisode 1 de Idolish7 Third Beat  était disponible en avant-première depuis le 14 Juin suite à un événement dédié à la franchise au Japon, alors que la saison a officiellement commencé le 4 Juillet. Ont-ils seulement fait le moindre tweet pour annoncer cette avant-première ? Non.

 

Le saviez-vous ? Des épisodes spéciaux à regarder entre la première saison et Idolish7 Second Beat, intitulés Idolish7 Vibrato sont disponibles en exclusivité sur la chaîne YouTube de Bandai Namco Arts et constituent techniquement le premier « Youtube anime original ». A-t-on seulement entendu parler de ça ? Non.

 

Le saviez-vous ? La character designer originale n’est nulle autre qu’Arina TANEMURA, la mangaka de Full Moon – A la recherche de la pleine lune (publié aux éditions Glénat en 2005).

 

Le saviez-vous ? Le compositeur Tatsuya KATÔ, en charge de la bande sonore est notamment connu pour Dr Stone, la saga Free!, Love Live…etc

 

Le saviez-vous ? L’anime le mieux vendu de l’année 2018 au Japon, bien devant l’Attaque des Titans n’est nul autre que la saison 1 d’Idolish7. (Alors, oui, le Japon a une culture des idoles, mais quand même, cette information peut servir d’argument de vente.)

 

Idolish7 est, certes, le « Gucci » des animes sur des idoles, mais il peut servir de porte d’entrée à un genre très prolifique. Il y a des animes de ce genre à presque chaque saison, comme les isekai. Tant qu’à faire, autant se construire une audience pour, comme ce qui est fait actuellement avec les isekai. Une base d’abonné.e.s qui seront toujours au rendez-vous, en somme. Quand on y réfléchit, il s’agit d’une tranche de vie dans une industrie exigeante de jeunes adultes attachants qui font face aux difficultés de la vie. Cela peut parler à tout le monde.

 

Par ailleurs, nous ne pouvons pas dire « ce genre ne marche pas en France » puisqu’il faudrait avoir essayé de le faire marcher pour tenir ce genre de discours. Raisonnons. Ce ne sera qu’après avoir tenté sans aucun succès de promouvoir un nombre conséquent d’animes d’idoles avec des stratégies dignes de ce nom (et avec des angles d’approches différents) que le discours du « ce genre ne marche pas en France » tiendrait la route. Autrement, cela reste de la spéculation puisqu’il s’agit ici d’un « genre de Schrödinger » (c’est-à-dire que l’on n’a pas prouvé avec certitude qu’il ne peut pas marcher tout comme on n’a pas prouvé qu’il peut marcher).

 

Je me suis permise cet aparté puisque viser tout type de public et faire en sorte que chaque personne trouve son compte dans le catalogue de Crunchyroll font partie des objectifs évoqués lors de la conférence de presse du 25 Juin 2021 dans le cadre du Crunchyroll Festival. Par ailleurs, étant donné qu’Idolish7 semble viser en premier lieu (mais pas uniquement, évidemment) un public féminin, je me suis aussi rappelée du livre blanc de Crunchyroll qui évoquait justement, entre autres, ce public comme étant à conquérir. En effet, ce dernier, Anime in the mainstream : How the Japanese Animation Industry is Developing Global Influence in Business and Pop Culture par Robert VONDER HAAR, publié en Janvier 2019 chez Wainhouse Research, affirme à la page 5 :

 

« Gaining female and minority viewers, for instance, represents both a key challenge and opportunity moving forward » (Traduction par votre dévouée : « Attirer le public féminin et celui issu de minorités, par exemple, représente à la fois un défi majeur et une opportunité pour l’avenir »).

 

Or, la réalité est qu’au quotidien, la richesse de ce catalogue n’est pas vraiment mise en avant. D’où le fait que je trouve regrettable que sur un titre présentant certaines qualités comme Idolish7, il y a très très peu de communication, donc peu de gens qui pourraient potentiellement être intéressés découvriront ce titre. Cela dit, merci d’avoir pensé à le mentionner rapidement pendant le Crunchyroll Festival (bien que la présentation « anime de musique » ne soit pas adéquate et que certains résumés soient erronés, mais c’est déjà un début).

 

Ce n’est que mon avis mais, en tant que femme et minorité, je pense que le souci réside peut-être dans la manière dont on s’adresse au public. Tous les publics ne sont pas sensibles au même discours, sinon ils seraient de facto déjà tous conquis.

 

Je ne suis pas aveugle au mépris (un peu trop) évident pour les animes/mangas appartenant à certaines catégories et/ou visant certains publics. Par exemple, si Idolish7 était exactement la même série mais avec un groupe de filles, je ne pense pas être trop présomptueuse si je dis avoir la certitude que le traitement accordé serait différent. Autre exemple, pour plus de clarté : si l’anime Rent a Girlfriend s’appelait Rent a Boyfriend, pensez-vous vraiment que la communication autour du titre aurait été de la même envergure ? J’en doute.

 

J’ose espérer qu’une prise de conscience aura lieu, un jour.

 

N’oubliez pas : l’animation japonaise dans son entièreté fût « de niche » pendant longtemps, pas uniquement les animes de certaines catégories. 

 

Donnez une chance à Idolish7, vous ne le regretterez pas. 


Note de Konata et de la Rédaction : 5/5 ✨


TITRES  : Idolish7 (saison 1), Idolish7 Vibrato (épisodes spéciaux), Idolish7 Second Beat (saison 2), Idolish7 Third Beat (saison 3) 

GENRE : Tranche de vie, musique, comédie, drame, coming of age

 

TECHNIQUE : Animation

DURÉE : 
Idolish7 : 17 x 24 min

Idolish7 Vibrato : 8 x 15 min

Idolish7 Second Beat : 15 x 24 min

Idolish7 Third Beat (en cours) : NC x 24 min

PAYS : Japon

DATE DE PREMIERE DIFFUSION  FR : 2 Novembre 2017

RÉALISATION : Makoto BESSHO

AVEC : Satomi SATÔ, Kenshô Ono, Sôma SAITÔ, Toshiki MASUDA, Tsubasa YONAGA, Takuya EGUCHI, KENN…

PRODUCTION : Troyca

DIFFUSEUR FR :  Crunchyroll 

ⓒ BNOI/DOLiSH7 PROJECT


Écrire commentaire

Commentaires: 1
  • #1

    Leiline (jeudi, 08 juillet 2021 23:33)

    J'adore ta critique Strangie, c'est tout toi ! Tu m'as convaincue d'ajouter "Idolish7" à ma liste d'animes à regarder cet été. Au plaisir de te relire prochainement.